Ray Bradbury ou La nuit d'été...

Hommage d'Eliettnoss, libraire à l'Espace culturel de FOUESNANT

J'ai relu il n'y a pas longtemps Fahrenheit 451 car, la première fois que j'ai mis mon nez dedans, j'avais 15 ans... J'achetais alors tous les titres que je pouvais de cette magnifique collection "Présence du Futur" chez Denoël, malheureusement aujourd'hui disparue... J'avoue qu'à l'époque il m'avait fait moins d'effet sans doute parce que les concepts qu'il maniait et les références desquelles il s'inspirait, me passaient au-dessus de la tête...

 

On peut trouver facilement des interviewes ou des textes stipulant que Bradbury se réclamait de la "Fantasy" mais que Fahrenheit 451 était "son" livre de Science-fiction"...

Une contre-utopie dans laquelle l'instruction, l'amour, l'intelligence, le sens du collectif sont les ennemis de la société dans laquelle vit le pompier "autodafeur"...

Une contre utopie où les intellectuels ont baissé les bras devant un pouvoir totalitaire qui fait de la plénitude matérielle l'alpha et l'oméga du bien-être...

Une contre-utopie ou l'individualisme est censé apporter bonheur et félicité...

Et donc une contre-utopie où il ne peut y avoir un quelconque bonheur et qui ne peut générer qu'une période révolutionnaire...

 

Mais où sont les révolutionnaires ? La révolution ne peut se faire qu'à l'aune d'envies, de connaissances, de réflexions, de comparaisons, d'aspirations, d'imitations de ce qui a déjà existé quelque part... Toutes choses que les livres brûlés auraient pu amener aux utopistes et aux révolutionnaires...

Il ne reste plus dans la dernière partie, que ces anciens professeurs qui ont chacun appris par coeur un livre pour pouvoir un jour le transmettre...

Le renouveau viendra mais sur les ruines laissées par une guerre devenue inévitable...

 

Ray Bradbury a écrit ce livre en 1953... Pour tout ce qui concerne l'abêtissement de la société par le consumérisme, la télévision, le renoncement collectif et les reflexes moutonniers et sur la désagrégation inéluctable d'un projet commun au profit d'un individualisme forcené au service de la sauvegarde du pouvoir en place, on peut dire que ce grand monsieur était un visionnaire...

Il était en plus un fabuleux conteur et poète... Ses Chroniques Martiennes en sont la preuve... Ce texte se voulant remerciements et hommage à cet immense auteur, La nuit d’été , il porte le titre d’un des textes de ce magnifique livre.

L'un de ces quelques grands auteurs qui nous aident à grandir, humainement et intellectuellement vient de nous quitter...

Ses livres n'ont pas été brûlés... Si ce n'est déjà fait, lisez-les...

 

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Commentaires : 1
  • #1

    ian (vendredi, 15 juin 2012 10:45)

    Au milieu de l’absurdité montante, la quête de sens va-t-elle infléchir la course folle ? Ou entrer en conflit violent ? Cette deuxième hypothèse avait la faveur de Bradbury, et on peut voir se profiler l’ombre d’événements chaotiques similaires à ceux du 20ème siècle… Mais la complexité de la nature humaine fait que coexistent les tendances opposées, les idées et les textes n’ont jamais circulé aussi facilement qu’aujourd’hui, pour le meilleur et pour le pire . Nous sommes entrés dans l’ère du ET, les individus qui construisent des alternatives cultivent plutôt le pour que le contre… les livres ne brûlent pas encore…
    merci pour ce bel hommage