Prix Goncourt et Renaudot 2015, les lauréats attendent maintenant leur prime aux mains des lecteurs


C'était un mardi 03 novembre fébrile pour les amateurs de littérature, professionnels ou amateurs, qui attendent de connaître qui sera lauréat du fameux Goncourt ! Un rendez-vous médiatique annuel et rituel avec les membres de l'Académie Goncourt réunis au restaurant parisien Drouant (haut-lieu de fréquentation du fameux Edmond Goncourt sur la fin de sa vie) pour délibérer et faire la déclaration tant attendue du lauréat, sous un parapluie de micros, quelques heures seulement avant que ne tombe aussi l'annonce du lauréat du Prix Renaudot.

Chacun dira bien-sûr que ces Prix ne représentent qu'un coup médiatique, une histoire d'entre-soi, de petits arrangements entre amis. Il est vrai que le jury du Prix Goncourt est constitué d'auteurs, eux-mêmes publiés chez des éditeurs en lice dans les sélections tandis que le Prix (Théophraste) Renaudot, est composé de journalistes et critiques littéraires, bien introduits dans le "milieu" et régulièrement publiés eux aussi. Juges et parties me direz-vous ? Indéniablement ! Mais il en reste que grâce à ces Prix, le livre devient une arme événementielle et nous plonge dans des débats littéraires qui ne peuvent pas nuire à notre bonne santé intellectuelle ! Si, si, ça fait du bien de voir le livre, faire la Une de l'actualité à l'instar des photos d'une  Nabilla en goguette ou des guerres de petites phrases sur Twitter d'une certaine ("pas-très") classe politique, N'oublions pas non plus que selon les années, les jurys vont préciser que leur choix s'est porté sur tel ou tel titre selon qu'ils recherchaient l'exigence d'une écriture hautement littéraire ou au contraire, la fluidité d'un ton et d'un style pour porter un sujet difficile. Bref, le lecteur est gagnant puisque la donne est éclectique. Et le Prix Goncourt des Lycéens, dévoilé un peu plus tard en novembre, qui comme son nom l'indique est attribué par un jury de jeunes lecteurs, vient souvent apporter un peu de réconfort à des auteurs boudés par les autres jurys, tout en imposant la gageure d'un bon livre à mettre entre toutes les mains. Du populaire, dans le sens le plus élogieux qu'il soit !

 

Un véritable détournement de fonds des frères Goncourt

 

Mais soyons franc, le véritable enjeu pour les lauréats est surtout de pouvoir rencontrer plus massivement leurs lecteurs, après avoir vu leurs romans déferler au milieu des 700 titres de la Rentrée littéraire, au risque de passer inaperçus sur les tables des libraires. Pour émerger, il faut se faire remarquer. Et ces Prix là n'ont pas d'autres fonctions aujourd'hui que de proposer une balise aux lecteurs, qui face à la marée de livres chez leurs libraires, ne savent plus où jeter leur dévolu. Nous sommes bien loin de l'objectif vertueux d'Edmond et Jules, les frères Goncourt qui s'intéressaient davantage à l'art car l'édition. En créant l'Académie Goncourt, ils souhaitaient avant tout "promouvoir les formes les plus modernes de la création littéraire et attribuer leur prix à la jeunesse, à l’originalité du talent, aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme".

Leur Prix, en quelque sorte porté comme une parade à l'Académie française qu'ils considéraient alors trop figée, devait faire acte de mécénat au profit des auteurs à travers un fonds de dotation. Mais très vite, faute d'apports financiers suffisants, l'industrie du livre va reprendre les rênes.

Aujourd'hui c'est l'économie du marché qui "prime" véritablement les auteurs lauréats et non plus directement leur Prix. Mathias Enard par exemple, ne recevra que 10 euros de la part l’Académie Goncourt ! Mais si l'on se rappelle que le fameux bandeau rouge, permet chaque année au livre auréolé, d'être l'un des cadeaux stars au pied du sapin, générant plusieurs millions d'euros de chiffres d'affaire pour l'heureux éditeur, on se rassure donc bien vite sur la valeur de la prime allouée à l'auteur !

Un "détournement de fonds" exemplaire  qui a marqué les années 1920 et la naissance de l'industrie du livre à gros tirage.

 

Petite question subsidiaire pour démontrer l'impact modéré des Prix sur la mémoire des lecteurs... Qui a remporté le Prix Goncourt en 2014 ? *

*Pas pleurer de Lydie Salvayre

 

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VOIR AUSSI : Toutes les sélections et les lauréats des Prix Littéraires 2015




La Boussole, Mathias Enard : Goncourt 2015

Le résumé : La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche.

Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.


Mathias Enard
Actes Sud
Parution : août 2015

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan : Renaudot 2015

Le résumé :

"Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.

L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.

 

D'après une histoire vraie

Delphine de Vigan

Lattès

Parution : août 2015

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Bretagne au coeur (mercredi, 04 novembre 2015 11:25)

    [A lire à voix haute en 2 minutes] "Nous sommes deux fumeurs d'opium chacun dans son nuage, sans rien voir au dehors, seuls, sans nous comprendre jamais nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes une image glacée à laquelle donne l'illusion du mouvement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements, je suis cette goutte d'eau condensée sur la vitre de mon salon, une perle liquide qui roule et ne sait rien de la vapeur qui l'a engendrée, ni des atomes qui la composent encore, mais qui, bientôt, serviront à d'autres molécules, à d'autres corps, aux nuages pesant lourd sur Vienne ce soir : qui sait dans quelle nuque ruissellera cette eau, contre quelle peau, sur quel trottoir, vers quelle rivière et cette face indistincte sur le verre n'est mienne qu'un instant, une des millions de configurations possibles de l'illusion -tiens M. Gruber promène son chien malgré la bruine, il porte un chapeau vert et son éternel imperméable ; il se protège des éclaboussures des voitures en faisant de petits bonds ridicules sur le trottoir : le clébard croit qu'il veut jouer, alors il bondit vers son maître et se prend une bonne baffe au moment où il pose sa patte crasseuse sur l'imper de M. Gruber qui finit malgré tout par se rapprocher de la chaussée pour traverser, sa silhouette est allongée par les réverbères, flaque noircie au milieu des mers d'ombre des grands arbres, déchirées par les phares sur la Porzellangasse, et Herr Gruber hésite apparemment à s'enfoncer dans la nuit de l'Alsergrund, comme moi à laisser ma contemplation des gouttes d'eau, du thermomètre et du rythme des tramways qui descendent vers Schottentor".
    Vous venez de lire l'incipit (début d'un livre) - qui n'est autre que la 1ère phrase- du roman de Mathias Enard, Prix Goncourt 2015. De l'importance de la virgule pour la respiration de la lecture ! Alors envie de découvrir la suite... rendez-vous vite dans les libraires de vos Espaces culturels Leclerc...