Isabelle Autissier : marraine des Espaces culturel et Sport E.Leclerc de Quéven

"Il est indispensable que la culture puisse rentrer dans tous les foyers"

(c) CP/Scarmor
(c) CP/Scarmor

Navigatrice au long cours, romancière, conteuse, mais également Présidente de la Section française de l'organisation mondiale de protection de la nature WWF depuis 2009, Isabelle Autissier excelle dans tous les domaines qu'elle aborde. Récemment marraine du concours d'écriture pour les scolaires, On va en faire toute une histoire 2016, elle marque de nouveau son attachement à la culture et à son accès à tous en devenant marraine des Espaces culture et Sport du E.Leclerc de Quéven.

 

Cette ingénieure agronome halieutique de formation, commence par enseigner avant de se lancer dans la course au large. Elle devient en 1991, la première femme à avoir accompli un tour du monde en compétition. Sportive accomplie, elle abandonne peu à peu les courses en solitaire pour se consacrer à d'autres aventures dont celle de l'écriture. Cette personnalité étonnante a publié au fil des ans, des récits d'expéditions maritimes, avec entre autres l'écrivain Erik Orsenna, mais aussi de magnifiques romans qui révèlent très vite la qualité et la profondeur de sa plume d'auteure à part entière. Son dernier roman Soudain, seuls paru chez Stock en 2015, a figuré sur la liste du prestigieux Prix Goncourt en 2015.

 

[ INTERVIEW ]

 

 Bretagneaucoeur : Quelle place le livre avait dans votre famille ?

Isabelle AUTISSIER : Moi j'avais la chance d'être une petite fille qui n'avait pas la télé, car quand je suis née elle n'était pas encore présente dans les foyers. On a dû avoir la télé chez moi quand j'avais 10 ans. Et donc on lisait. Il existait déjà une littérature pour les enfants qui était importante et j'avais proche de moi des grands-mères qui lisaient des livres. Et ça, le fait que l'on vous lise des livres quand on est petit, c'est très important. Ça vous donne le goût de la lecture. Ce sont des moments de bonheur quand on écoute un livre sur les genoux de sa grand-mère. Pour moi ça a été tout de suite un plaisir, mais aussi de l'évasion, de l'aventure, la narration d'événements incroyables. Je me disais quand je serai grande, je ferai pareil ! Je me suis beaucoup construite avec les livres.

 

Quel est le premier livre qui vous a marqué ?

Alors évidemment moi j'étais "bibliothèque rose" et  "bibliothèque verte". Et j'aimais particulièrement les aventures d'Alice. C'était une Américaine très délurée qui conduisait sa voiture, qui avait des copines pas très malignes, mais elle, elle était capable de débrouiller toutes les histoires. Elle faisait des enquêtes, arrêtait des méchants. Et surtout pour les enfants de mon âge, petite fille d'une dizaine d'années, cela donnait l'image d'une femme émancipée, indépendante, courageuse, une belle image féminine finalement.

 

Que recherchiez-vous dans les livres ?

Je ne recherchais rien en particulier. J'aimais les littératures de voyage, d'exotisme comme celles de Jules Verne, qui se passaient dans des pays lointains, avec des aventures incroyables. C'était finalement une attente très partagée par beaucoup d'enfants.

 

Sur un bateau, il y a peu de place et on doit limiter les charges. Quelle place accordez-vous aux livres ?

Je n'en emmène pas beaucoup effectivement, pour une question de poids, mais aussi parce que finalement on n'a pas beaucoup le temps de lire en mer, que ce soit en compétition ou pendant une expédition. Mais cela reste quand même pour moi le meilleur moyen de décompresser mentalement et nerveusement  en lisant quelques pages. Et puis j'ai rapidement pris l'habitude de ne prendre que les livres que ma famille et mes amis m'offrent justement en pensant qu'il faut que je lise ça quand je suis en mer. Cela crée non seulement un rapport différent au livre, mais c'est évidement des choix encore plus éclectiques que ce que je choisirais moi, avec des propositions de lectures très différentes les unes des autres. Il y a un sens supplémentaire qui est celui du partage d'un texte.

 

Aujourd'hui c'est vous qui écrivez les livres. Est-ce que l'écriture est venue en même temps que la lecture ?

Alors pas du tout. Comme toutes les petites filles j'ai commencé par écrire des petites histoires, mon journal. Mais par la suite je n'avais pas le temps. Et puis je considère que l'écriture, c'est aussi une histoire de maturité. Alors parfois je suis très impressionnée car il y a des auteurs très jeunes qui écrivent des histoires dégageant déjà une maturité incroyable. Je pense que pour ma part je n'aurais pas été capable de cela. J'avais besoin d'avoir accumulé un certain nombre de choses.

 

Après la course au large qui me prenait 140% de mon temps, l'écriture est venue plutôt dans une idée de transition, de transmission, de partage. Et comme j'avais beaucoup lu, ça me paraissait assez logique de me mettre à écrire.

 

Pour qui écrivez-vous en premier, pour vous ou vos lecteurs ?

On ne peut pas dire que j'écris plus pour les uns ou pour les autres, car je suis la première lectrice de ce que j'écris. Je ne sais pas comment  va se terminer mon histoire quand je la commence. Je ne sais pas du tout comment ça va se passer (rires) ! Le fonctionnement mental, les idées qui vous viennent, ce processus me surprend la première et m'intéresse beaucoup. Après je crois que forcément, on écrit pour des lecteurs, sinon ce n'est pas la peine de chercher à se faire publier. C'est nécessairement une démarche pour partager des sentiments et des émotions.

 

Y a-t-il des énergies communes entre vos carrières de sportive, d’auteure et de militante ?
Que ce soit pour la course au large, les expéditions, la défense de l’environnement ou l’écriture, je fonctionne toujours avec les deux mêmes moteurs : la curiosité et l’engagement.
La littérature pour moi, tout comme la musique ou le cinéma pour d’autres, m’apporte concentration et imagination, deux choses essentielles pour entreprendre et partager.

 

Pourquoi avez-vous accepté d'être marraine du magasin Sport et de l'Espace culturel E.Leclerc de Quéven ?

Parce que côté culture, je pense vraiment que la lecture a une dimension particulière par rapport à d'autre supports multimédias, qui à mon sens stimulent beaucoup moins l'imagination d'une part et favorisent davantage le zapping que la concentration. Je pense que si on veut tous être les créateurs de nos vies, on a besoin de savoir se concentrer sur les choses et du pouvoir de notre imagination. La lecture permet plus et mieux cela, même si je sais combien un bon film ou l'écoute d'une belle musique permettent aussi de s'évader.

 

Il est indispensable que la culture puisse rentrer dans tous les foyers, même - et surtout - chez les gens qui n’y ont pas accès facilement. Un espace comme celui-ci, met la culture à
proximité des familles. C’est très important. Un enfant qui lit restera pour la vie un lecteur.

 


Le message d'Isabelle à Quéven


Big walls big seas : en expédition au Groënland


Conférence d'Isabelle AUTISSIER

"Et la mer, comment va-t-elle ?"/ Vendredi 16 septembre à 19h - Les Arcs à Quéven

"D’une part, on entend parler de surpêche, de pollutions, de réchauffement climatique entrainant la disparition des espèces. D’une autre, on discute d’économie bleue, d’hydroliennes, de ressources génétiques ou minérales. La mer, comme toute notre planète est largement impactée par l’action des hommes. Il est temps de faire un point, pour regarder les problèmes en face, mais aussi trouver et mettre en œuvre les solutions qui nous permettront de conserver une mer vivante. Une mer sans laquelle les humains n’ont que peu d’avenir".

 

ET AUSSI

En rencontres / dédicaces

vendredi 16 septembre 2016 de 17h30 à 18h30 à l'Espace culturel E.Leclerc de Quéven

samedi 17 septembre 2016 de 10h30  à 12h30 à l'Espace culturel E.Leclerc de Quéven

 

 

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