"Terminus Belz" d'Emmanuel Grand : ma première gorgée de Noir...

Coup de coeur de Cécile, Espaces culturels Leclerc de Bretagne

Quel bonheur de commencer une nouvelle année de lecture avec un premier roman dont on ne fait qu'une bouchée ! Un roman qui malgré la pression du sommeil sur vos paupières et la lueur du réveil qui projette son angoissante impératif du lendemain dans le coin de votre œil, vous emporte jusqu'au bout de la nuit... une nuit profonde et noire évidemment... une nuit bretonne peuplée d'ombres de légendes séculaires, traitées avec finesse et respect...

 

- "Allez encore quelques pages et puis j'éteins !"."Oh plus que 5 avant la fin du chapitre et j'arrête"."Bon je commence le nouveau juste pour amorcer le suspense et je finirai demain".

Voilà à peu près les négociations qui se jouent avec la petite cloche lumineuse du réveil-matin quand vous commencez en mode nocturne le premier roman d'Emmanuel Grand. Et ça fait du bien !

Terminus Belz est un livre qui vous tient en haleine grâce à ses puzzles narratifs, une première gorgée de Noir, dégustée avec plaisir et tension. Exit les romans noirs nordiques, l'auteur Emmanuel Grand pour son premier essai, qu'il "transforme" avec talent, nous plonge entre limbe et réalité, dans une Bretagne insulaire et légendaire, où la silhouette de l'Ankou ne tombe pourtant pas dans les clichés.

 

Avec une efficacité redoutable, Terminus Belz, nous embarque dans l'odyssée de Marko Voronine, un Ukrainien arrivé en France par les réseaux mafieux de l'immigration clandestine qui trouve refuge sur l'île de Belz en Bretagne, alors que la communauté de marins-pêcheurs est traumatisée par des disparitions et un crime particulièrement atroce. Bienvenue sur "l'île aux fous" comme est surnommée Belz, une île imaginaire située par l'auteur près de Lorient (île de Groix ?...) dont l'insularité pourrait bien mettre dans l'impasse notre héros qui se retrouve acculé par les superstitions et la vindicte populaire, en plus d'avoir quelque tueur roumain à ses trousses.

 

"Entre tradition et modernité" diraient certains... pour illustrer deux univers noirs qui se télescopent avec subtilité et forment un roman qui fait mouche.

Emmanuel Grand (c)CP/Bretagne au coeur
Emmanuel Grand (c)CP/Bretagne au coeur

L'ambiance noire, trouble et éminemment contemporaine, instaure très vite un lien entre le lecteur et certains personnages. Marko, l'Ukrainien devenu Grec pour être accepté des pêcheurs bretons, est très attachant avec ses faiblesses, ses doutes et ses forces. On tremble avec lui pendant la scène du viol qui se déroule dans le camion lors du passage clandestin en France. Une scène qui révèle l'ambiguïté constitutive de tout homme qui va devenir héros un peu malgré lui...

 

Il y a l'implacable réalité de la première partie du roman, ancrée dans une actualité prégnante, qui glisse peu à peu vers le surnaturel, le légendaire, pour distiller le doute et l'irrationnel dans l'esprit du lecteur qui se veut cartésien.

 

Et si Emmanuel Grand nous démontre qu'il a trouvé sa voie en nous offrant un aussi bon premier roman, on devine qu'il a su aussi écouter ses voix. Celles qui ont dû animer ses nuits de lecteurs : Homère, Anatole Le Braz et même Sir Arthur Conan Doyle avec cette ambiance holmesienne de Terminus Belz qui trouve quelque familiarité avec celle du Chien des Baskerville... N'est-il pas ?

 

Terminus Belz

Emmanuel Grand

Liana Levi

Parution : janvier 2014

 

Retrouvez l'auteur en dédicaces les 13 et 14 juin dans vos espaces culturels bretons !

 

> Prochainement : L'interview vidéo d'Emmanuel Grand rencontré avant la parution de son roman <


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Commentaires : 1
  • #1

    Blaze (mercredi, 15 janvier 2014 23:21)

    Ouais ça donne envie et ça changera du polar breton de supermarché !