Cécile des Espaces culturels de Bretagne aime "Le Liseur du 6h27" de Jean-Paul Didierlaurent

Coup de coeur de Cécile, Espaces Culturels E.Leclerc de Bretagne

Il y avait de quoi se méfier... Un titre "bancaibeule", un attaché de presse dithyrambique, des recensions de libraires enthousiastes, la presse littéraire sur les dents, et pour couronner le tout, l'annonce de la parution anticipée d'une semaine par l'éditeur pour cause de trop bonne réputation ! Et bien non, il ne s'agit pas du dernier MussoLevy, mais d'un auteur aux quatre prénoms qui est en train de se faire un nom ! Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent est une vraie belle fleur littéraire qui nous arrive déjà épanouie, sans même prendre le temps de bourgeonner dans les rayons des librairies.

 

Il y a des printemps comme ça qui viennent enchanter un éditeur. Le Diable Vauvert a donc eu du nez en publiant le premier roman de cet auteur dont ils ne connaissaient que les nouvelles envoyées depuis des années pour un concours de la maison. Ensuite les primo-lecteurs ont partagé cette belle surprise littéraire par "bouche à oreille" et déjà conduit à la réimpression du livre pour honorer les commandes des libraires appâtés par cette histoire étonnante, drôle et poétique.

 

Cette histoire est celle de Guylain Vignolles (oui oui il sait...ça fait Vilain Guignol... une croix qu'il traîne depuis l'enfance...) qui aime les livres mais passe ses journées en usine à les pilonner. Un Sisyphe des temps modernes qui oeuvrent à broyer du papier pour permettre à d'autres livres d'être imprimés jusqu'à leurs propres termes... dans une logique sempiternelle et implacable. Mais notre héros malgré lui, s'adonne à une romanesque manie : dérober chaque jour à la goulue broyeuse, une page volante pour l'offrir en lecture aux passagers du RER de 6h27.

 

Ces histoires livrées chaque matin aux tout-venants en "cadavre exquis" vont non seulement faire le bonheur des dames, mais aussi de toutes ces humanités qui se croisent et trouvent une occasion de mettre de l'extra-ordinaire dans le cours de vies ordinaires. Du drame survint la poésie, du hasard naît la quête et de la curiosité s'écrira l'amour...

 

Car c'est bien au fond de cette cuve que réside l'essence même du romanesque de la vie de ce griot et de celle des très beaux personnages qui viennent l'animer : Yvon Grimbert, gardien de l'usine qui ne parle qu'en alexandrins, Guiseppe Carminetti dont la Zerstor 500 a dévoré les jambes, les soeurs Delacôte malicieuses pensionnaires d'une maison de retraite, et la dame-pipi qui met sa vie sur clef USB.

 

Un roman enthousiasmant et rafraichissant dont on ne perd pas une page. Une quête s'impose aux lecteurs : accompagner Guylain Vignolles jusqu'au bout de son histoire, tour à tour drôle, émouvante, légère et pleine d'humanité pour savourer le plaisir de lire et de se laisser simplement aller au talent d'un conteur.

 

Le liseur du 6h27

Jean-Paul Didierlaurent

Au Diable Vauvert

Parution : mai 2014


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Commentaires : 1
  • #1

    Boris (vendredi, 30 mai 2014 16:48)

    Un roman chargé de symboles et de métaphores, une série de personnages dignes de Balzac ou Zola. Et cette fascinante Zerstor 500, monstre froid et infernal dont l'unique fonction est de déféquer une boue informe où pataugent ses servants humains, machine maléfique et menaçante qui à l'occasion croque un rat égaré... Un monde à la limite de l'absurde où pourtant s'épanouissent des livres, des mots, des rêves, des rencontres et des sentiments comme autant de messages d'espoir. Magnifique!