Prix Landerneau Polar : chronique d'une remise de Prix par Patrick, libraire et membre du jury

Soirée rock’n’roll à l’Hôtel d’Aubusson

Pourtant, je vous l’assure, le cadre ne s’y prêtait pas. Ambiance feutrée, petits salons, serveurs empressés, champagne frappé et amuse-gueules succulents. C’en fut d’autant plus remarquable.

Je vous le dis tout de suite, Caryl Férey y a été pour beaucoup. Non content d’être un des – sinon le - meilleurs auteurs hexagonaux de polars, il a su animer la remise du Prix Landerneau du Polar jusqu’à en dérider les invités rigides, à en détourner les pique-assiette du buffet et à faire jaillir des rires en cascades de l’ensemble, un peu comme, lorsqu’on entend les premiers accords d’un morceau d’AC/DC, un fourmillement vous envahit les gambettes.

 

Bon, je vous l’accorde, si on est branché One Direction ou M Pokora, AC/DC et Caryl Férey ne sont pas un bon exemple. Ça tombait bien car sans vouloir parler à la place de Michel-Édouard Leclerc, Marie-Josée Cégarra ou des honorables membres du jury, je pense ne pas m’avancer en pariant qu’ils s’associeront à moi pour vouer Justin Bieber et ses potes aux gémonies et réclamer la mise à la retraite des chanteurs de variétés et ce, dès l’âge de 18 ans et demi. Ce qui nous aurait évité pas mal de tympans définitivement fracassés sur l’autel de la dissonance et des vers approximatifs (fermons la parenthèse).

 

 

Après les discours de Michel-Édouard Leclerc et de Caryl Férey, celui de Hervé Le Corre, auteur du livre lauréat Après la guerre, n’a pas déparé et les trois ont su rivaliser de bons mots et ont transformé ce qui est souvent pensum guindé en instants de partage et de joie communicatifs. Hervé Le Corre a écrit un sacré roman, prenant, passionnant, dansant (excusez-moi, je pensais encore à M Pokora), précis, rigoureux et haletant, le tout dans une langue parfaitement maîtrisée, des dialogues ciselés au 11.43 et une rigueur historique impeccable (je le sais, j’ai vérifié dans Wikipedia).

 

De l’avis général, les autres livres en lice n’avaient aucune chance. Pourtant, un outsider a emporté un paquet de suffrages. Premier roman de Emmanuel Grand, Terminus Belz chez Liana Levi, a animé pas mal de conversations et de questionnements mais sans parvenir à faire basculer le jury en sa faveur. C’était juste. Mais cette année, le Landerneau Polar était définitivement celui de Hervé Le Corre.

 

La première phrase de son livre dit ceci : "Un homme est sur une chaise, les mains liées dans le dos." A la fin de son discours, nous, nous étions debout, face à lui et nos mains l’applaudissaient sans retenue. Il a été drôle, affable et concis. Et il avait l’air heureux. What else comme dirait le Georgeounet de ces dames ?

 

Les délibérations successives, la dernière à la Closerie des Lilas, petit troquet typique d’une petite ville de Province (nulle condescendance mais quand on vient de Quimper, toutes les villes semblent tellement, tellement petites) et la remise du prix, objet de ce compte-rendu à l’Hôtel d’Aubusson, donc, ont été de magnifiques moments de débats, de rires, de joie et d’amitié. Que mes collègues libraires, et les instances organisatrices en soient remerciés.

Juste un truc : Caryl Férey est un des meilleurs auteurs de polars voire de littérature française, accessoirement, il est l’écrivain que je lis et relis et que je conseille le plus souvent dans ma librairie. L’avoir rencontré fait désormais partie des grands moments de ma carrière de libraire. Si je suis sollicité pour faire partie du jury de l’année prochaine, vous pouvez demander à Dennis Lehane ou James Lee Burke de présider l’évènement ? Merci d’avance…

 

La fin de la soirée et le retour le lendemain à la capitale (Quimper) furent d’autant plus tristes. A ce sujet, je me demande si la grève des contrôleurs du ciel n’a pas légèrement participé de cette tristesse (un autre qualificatif me vient à l’esprit mais ne soyons pas mesquins) pendant les douze heures qui ont été nécessaires pour relier Paris à Quimper (500 kms). Après un retard interminable, un embarquement, un débarquement, des allers et retours fébriles et répétés dans l’aéroport où les hôtesses d’Air France gisaient dans leur sang et où des hordes de passagers genre "Walking Dead" mais en plus trash, cherchaient les grévistes pour leur faire part de leur désagrément à coups de fusils mitrailleurs dérobées à la Sécurité Militaire, après une navette vers la gare Montparnasse (d’où je venais), après un train s’arrêtant dans tous les lieux dits de la France profonde et enfin un autocar pris à la gare SNCF de Quimper car bien sûr ma voiture était au parking de l’aéroport, à trente bornes de là, j’ai enfin pu m’affaler dans mon canapé Butikearama. J’ai ouvert "Créole Belle" De J. L. Burke chez Rivages (décidément) et suis parti pour la Nouvelle Orléans avec Dave Robicheaux et Clete Purcel. Il y a pire compagnie.

 

Que les Dieux des libraires veillent sur Hervé Le Corre, Caryl Férey et les Espaces Culturels et qu’ils vous accordent à vous, mes collègues du Jury toute leur bienveillance ainsi que des bons livres comme s’il en pleuvait. Ça a été un plaisir et un honneur d’être avec vous.

 

Salutations de la capitale (Quimper) et à l’année prochaine, si vous le voulez bien…

 

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